marguerite-fleurie

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• Chapitre 3 – Ouvrir les yeux -

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•••

 

-Je marche, toujours, dans ce couloir sans fin. J'entends une voix qui m'appelle mais je ne vois rien. La lumière est sombre et tout ce qui m'entoure est flou. Seul le fond du couloir est clair. Ce fonds est mélangé de gris et de blanc où j'arrive à apercevoir une silhouette. Je tends la main, pour essayer de l'attraper, me rapprocher plus près d'elle. Je n'ai pas peur. Cependant plus je m'avance et plus la voix me paraît lointaine. Mes pas s'alourdissent, jusqu'à s'enfoncer petit à petit dans le sol. J'essaie de remonter à la surface, m'attraper à quelque chose mais je ne trouve rien. Je suis seule et m'enfonce. Le sol est moue, visqueux, il m'attire, je ne peux résister. -


*Bip, bip, bip*


Mes yeux s'ouvrent en un éclair, mon souffle se coupe. Je me lève d'un coup, si brusquement que cela m'en donne le tourni. Je prends un temps pour réaliser le rêve que je viens de faire, ou plutôt la suite du rêve que je fais depuis quelques jours. Je ne sais plus où je suis exactement et mes pensées se perdent entre la réalité et le rêve. Des questions mitraillent mon esprit et je suis impuissante face à cette situation. Ma routine matinale me ramène à la réalité, et pour une fois je l'apprécie.

 

Sur le trajet du lycée, mon père m'avoue qu'il s'inquiète pour moi, car depuis que nous sommes arrivés dans cette nouvelle ville mon comportement a changé. Il s'inquiète pour moi et culpabilise avant tout de mon mal-être. Il est vrai que ces rêves me rendent mal. Mais de là à influencer mon comportement je ne pense pas. Alors je le rassure, en lui disant ce qu'il souhaite entendre. Je ne veux pas qu'il sache. Je ne veux pas qu'il s'inquiète encore plus, ou me traite de folle. Non. Je préfère mettre la famille en dehors de tout cela, et si-possible les amis aussi.


Je ne sais plus quoi penser. Je sens le regard pesant de mes camarades, comme s'il savait. Je sais bien qu'ils ne savent pas mais j'ai cette impression angoissante. Peut-être qu'Alexandre lui saura. Je l'espère.


Ma journée est terminée, aujourd'hui je n'ai pas vu Alexandre. Je suis déçu et encore chambouler de cette nuit. Je me suis sentie observé et suivie, mais par qui ? Peut-être était-ce la personne qui m'appelait dans mon rêve ? Seule couchée sur mon lit je ressens toujours cette présence lourde et étouffante. À ce moment-là, la lumière de ma lampe de chevet s'allume et s'éteint. Je sursaute et échappe un cri de frayeur. Mon cœur tape ma poitrine à toute vitesse. Je me repasse la scène dans la tête et n'arrive pas à réaliser. J'essaie alors de voir qu'est ce qui aurait pu provoquer ce déclenchement de lumière. L'interrupteur tombe dans le vide, il n'y a rien autour, ni même ma petite sœur. Oui, elle adore me faire peur. Mais ce n'est pas elle. Au fond de moi je sais bien que ce qu'il vient d'arriver n'a pas été provoqué au hasard. Cela confirme qu'on essaie de communiquer avec moi. Mais qui ? Peut-être est-ce Alexandre. Mais je sais que c'est impossible. Non. C'est quelque chose de plus fort, que l'amour que je lui porte. Une force universelle.
Mon père m'appelle, et me tire de mes pensées. Il veut que je l'accompagne faire les courses. Super... Je me lève tant bien que mal de mon lit. Attrape une vieille paire de basket, enfille mon manteau. Un coup d'oeil au miroir, histoire de voir si je suis bien coiffé. Et nous partons en direction du super marché de mon village.

 

 

Se sentir hors de soi, vivre l'instant présent mais avoir l'impression que nous sommes ailleurs, dans un autre espace, un autre endroit. Cela ne vous est jamais arrivé ? Cette impression de laisser aller, de bien-être, de s'enfuir dans le fin fond de nos pensées afin de s'échapper de cette humanité qui nous coupe de la vraie vie. C'est donc dans ce super marché que je retrouve cette sensation.
Perdu dans les rayons du centre commercial, je divague et m'enivre dans mes pensées. Je déambules dans ses rayons de nourritures. Les gens sont sérieux, leurs visages sont fermés, bouche crispée. Certains poussent leurs cadi chargés de ces aliments qui les maintiennent en vie, d'autres suivent au bout de la lettre une liste de courses, les enfants pleurent, les femmes parlent, les hommes téléphones. Je passe entre ces personnes, entre le monde qui m'entoure. Je ne sens plus mon corps, comme si mon âme se détacher de mon corps et le suivez comme un chien suit son maitre. Une impression de légèreté empare tout mon corps. Mes pensées sont vides, mon regard aussi. Je passe à travers ces personnes qui pensent que leur vie est plus importante que celle des autres. Ça se voit à leur regard, leur attitude, leur posture. Ils ne me prêtent aucune attention, n'ont pas même un regard à mon égard. Toujours passant à travers ces rayons; je vise droit, ne bouge pas, ne me décale pas. C'est drôle. Les personnes ne me remarques pas forcément mais me contournent sans hausser un sourcil, sans souffler, ni râler. Je trace ma route, je m'impose.

À ce moment-là, je ne comprends pas la vie humaine, je la méprise même. Je regarde ces personnes, tout ce qu'ils ont sur eux ne sert à rien, tous leurs problèmes qu'ils portent sur leur visage me paraît inutile. Ils portent un poids inutile, peut-être est ce pour se donner l'impression de vivre . Mais non ce n'est pas ça vivre! Vivre c'est regarder, admirer. Dévorer des yeux, analyser les moindres détails de chaque élément, admirer le petit plus qui fait que la vie est belle. C'est ce que je fais. Je regarde les rayons bien ranger et me dis que toute cette nourriture n'est que superficialité, les magasins en général sont en fait le symbole de notre vie d'aujourd'hui. Un bâtiment gigantesque, des tonnes de produits pour seulement quelques personnes. Avoir de la richesse ne nous donne pas le goût de vivre, le bonheur d'être ce que l'on est. Certains pensent le contraire, la richesse fait le bonheur mais ils se voilent la face, la richesse n'est qu'une façade, car l'amour lui, ne s'achète pas. C'est donc dans ce magasin que je prends réellement conscience de la vie et de son importance.


Enfin rentrée à la maison, l'esprit encombré de toutes choses. Il ne me tarde plus que d'une chose, dormir.

 

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26/03/2015
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